Thierry Breton aura-t-il la peau du mail?

C'est le scoop de la journée, le PDG d'Atos, Thierry Breton, veut mettre fin à l'usage du mail au sein de son entreprise. 



"Le volume d'e-mails que nous envoyons et recevons n'est pas soutenable dans le domaine professionnel. Les managers passent de 5 à 20 heures par semaine à lire et écrire des e-mails. Ils utilisent déjà les réseaux sociaux plus que les moteurs de recherche, et passent 25% de leur temps à rechercher de l'information. Chez Atos Origin, nous avons mis en place des outils collaboratifs et des plateformes communautaires pour partager et garder trace des idées qui naissent sur des sujets allant de l'innovation au Lean Management en passant par les ventes. Les entreprises doivent aller plus loin dans cette voie: l'e-mail, ne sera bientôt plus considérée comme la meilleure manière de travailler et d'échanger."

La démarche est louable. Le courrier électronique est devenu, ces dernières années, un véritable polluant. Un cadre doit en traiter, en moyenne, plus de 200 par jour. Certains adoptent des systèmes de traitement automatique, comme le classement de tous les messages dont ils ne sont pas destinataires directs mais seulement en copie dans une sorte de purgatoire. D'autres, comme moi, adoptent une démarche plus rigoriste, en lisant chacun de ces innombrables messages, ce qui prend près de 3 heures par jour…

Mais les outils collaboratifs sont-ils une solution de remplacement durable? Pas si sûr. Et pour plusieurs raisons.

  • L'email sert aussi bien en interne qu'en externe. En fait, il offre une remarquable couche de connexité entre ces deux univers. Rien n'est moins sûr pour les outils collaboratifs. Quelle société accepterait de voir ses clients ou ses fournisseurs accéder à son Intranet?
  • L'email sert de mécanisme de notification. En fait, l'email est même le principal outil de notification utilisé par les réseaux sociaux, qu'ils 'agisse de LinkedIn, Viadeo, YouTube, Facebook ou blueKiwi. Et à moins d'activer une notification par mail, il faudrait passer plusieurs heures par jour à consulter tous les articles, tous les forums, où on a déjà démarré une discussion. 
  • Le flux RSS n'est pas un outil de remplacement viable. Le RSS, c'est en gros le mail à sens unique: on ne peut que le recevoir, ni l'émettre, ni le transférer, ni y répondre.
  • Les outils collaboratifs instantanés sont intrusifs. Qu'ils se nomment Yammer, Skype, Messenger ou Google Chat, ces outils sont utiles, mais intrusifs. Leur usage en asynchrone n'est pas naturel (bien qu'il soit souvent très utile, pour qui sait s'en servir…). Bien sûr, utiliser le mail comme remplacement d'un outil collaboratif instantané est une hérésie, mais c'est comme laisser un message sur un répondeur: parfois, ça peut être utile.

Alors la proposition de Thierry Breton est-elle viable? Très honnêtement, j'en doute fort. Mieux vaut éduquer ses cadres à un usage raisonné, si ce n'est raisonnable de l'email. Et après tout, que reproche-t-on au mail? Qu'il y en a trop? Et si on réapprenait à téléphoner en cas d'urgence?…

PS: si cet article vous a plu, n'hésitez-pas à le transférer par mail…

herve

Hervé Kabla

Président

Le monde se divise en 3, ceux qui savent compter et les autres.

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